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L'orage du 13 juillet 1788 ....annonciateur de la révolution

Considéré rétrospectivement comme annonciateur des événements révolutionnaires de juillet 1789, un orage d’une rare violence s’abat sur une partie du royaume le 13 juillet 1788, dévastant, des Landes à la Belgique, plus d’un millier de villages et une partie des récoltes qui s’annonçaient déjà déficitaires.


De : Joye de Quartes (https://www.facebook.com/groups/757568510980044/user/100006246066857)


Article publié dans https://www.facebook.com/groups/757568510980044/permalink/7765597663510392/

La veille, il a fait épouvantablement chaud et lourd. Paris a suffoqué sous un couvercle de 34 °C, et le pays, perlé de sueur. Dieu merci, en ce 13 juillet 1788, on pourra se rafraîchir dans les églises du royaume. Comme tous les dimanches matin, les cloches sonnent à toutes volées pour appeler à la messe les fidèles qui ne se font pas prier. Leur tintement est soudain aspiré par un énorme claquement qui déchire le ciel, noir et menaçant.


orage du 13 juillet 1788, la révolution

Comparable, rapporte Henri-Alexandre Tessier, « à celui de plusieurs carrosses qui roulent sur le pavé ».

Ce médecin-agronome, responsable de la bergerie royale (il a introduit les premiers moutons mérinos en France) se trouve à Andonville (Loiret), au sud d'Etampes (Essonne), quand il voit débouler vers 7h45 une nuée noire délavée de taches jaunâtres qu'il avise au premier coup d'œil : tous aux abris, la grêle arrive !

Pendant près de dix minutes, un déluge furieux s'abat sur le village et ses alentours, qui n'épargne ni les toitures, ni les fenêtres, ni les malheureux restés à découvert. Par chance, le repos dominical a bien fait les choses : personne ou presque ne travaille aux champs.

Vingt minutes plus tard, c'est au château de Rambouillet d'essuyer le feu de la mitraille glacée : 11 749 vitres sont brisées, toutes les tuiles sont emportées ainsi qu'un millier d'arbres. Cette forêt au tapis indique la direction de Paris, où la tempête orageuse débarque à 8h30.


trajectoire de l'orage du 13 luillet 1788

Derrière la forteresse de la Bastille, les cumulonimbus, noirs comme du charbon, foudroient la très populaire rue du Faubourg Saint-Antoine, qui fournira un an plus tard des bataillons de sans-culottes.

La perturbation, qui a commencé à se former avant l'aube vers l'île d'Oléron, s'est intensifiée en survolant la Touraine avant de balafrer des Pays de la Loire à la Flandre. Sur 450 km de long, le cataclysme creuse deux sillons de désolation, distants d'une vingtaine de kilomètres. « En cinq à six minutes, la terre fut recouverte de glaçons », consigne Tessier dans son rapport.

La carte, dressée par le géographe Buache et illustrant un rapport demandé par Louis XVI, montre ici, dans sa partie supérieure, l’étendue des précipitations (zone verte) et les deux bandes de grêle : des témoignages rapportent que des grêlons ont pesé plus d’une livre. (Archives nationales CP//NN/51)

E. Le Roy Ladurie : Il est tout d'abord particulièrement violent. 11 749 vitres et ardoises du château de Rambouillet, où le roi séjournait, sont pulvérisées sous les grêlons. Devant l'ampleur du désastre, Louis XVI charge une commission composée de trois académiciens, Leroi, Teissier et Buache, de rassembler tous les faits…et d'en dresser une carte, ce qui est probablement une première au niveau météorologique.

Le rapport, remis en juin 1789, indique que deux lignes de grains ont abordé l'embouchure de la Gironde à minuit en se dirigeant vers le N/NE avec une vitesse d'environ 55 km/h. La grêle tombe à Poitiers, Chartres (7 h), Rambouillet (8 h), Paris (8 h 30), Douai (11 h), Utrecht (14 h 30). La carte dressée à cette occasion affiche deux zones de grêle entre trois bandes de pluies fortes. Les grêlons atteignent par endroit des dimensions exceptionnelles (plus de 5 quarterons, soit 600 g). Les pertes directes sont estimées à 25 millions de livres qui sont à mettre en perspective avec les 503 millions de recettes du royaume.

La plupart des historiens de la Révolution française mentionnent cet orage, d'une part parce qu'il a été abondamment décrit mais surtout parce que sa date, un an et un jour avant la prise de la Bastille, frappe l'imaginaire collectif.


orage carte du 13 juillet 1788

L'orage se produit dans une période météorologique 1788-1789 hors normes. En juillet 1788, le déficit pluviométrique est de l'ordre de 40 % dans le nord de la France et dépasse les 80 % dans le Sud-Est. Dès juin, les récoltes sont annoncées comme médiocres. Elles le sont effectivement (20 à 30 % de moins que la normale selon les régions). Il faut remonter à 1774 pour retrouver un tel déficit, qui avait alors été à l'origine de la « guerre des farines », une révolte consécutive à la hausse du prix du pain survenue au printemps 1775.

Dès août 1788, des émeutes éclatent à Lamballe en Bretagne, et en automne, en Provence et en Languedoc où la sécheresse a été la plus marquée. Les indices de pénurie sont présents dès octobre 1788 à Anvers.

Mais le plus difficile reste à venir. Le temps glacial qui s'installe sur le pays dès le 25 novembre 1788 se prolongera jusqu'à la mi-janvier 1789. À Paris, le nombre de jours de gelée en hiver (décembre-janvier-février) atteint le record historique de 86 jours. Dans son Mémoire sur l'Hiver rigoureux de 1788-1789, le père Louis Cotte, précise que le minimum de froid a été enregistré en France le 31 décembre 1788 (-17°4 à Paris, -17°5 à Lyon, -18°2 à Châlons sur Saône, -21° à Strasbourg, en degrés Réaumur, soit l'équivalent pour Paris de -21,75 °C et -26,25 °C pour Strasbourg) mais que le froid le plus insupportable a été celui du 6 janvier 1789, marqué par un vent de NE très piquant. La Seine, la Loire, le Rhône, la Saône sont en partie gelés, ce qui complique les approvisionnements des grandes villes comme Paris, mais aussi Rouen...

La surmortalité de janvier 1789 est estimée à 10 000 morts, bien moins cependant que celle de 1709 et ses 700 000 morts. Le déficit de naissances est plus sensible, environ 30 000. Les raisons sont multiples : noces différées (10 000 mariages de moins en 1788), aménorrhée de disette chez les femmes les plus pauvres...

Le prix du pain s'envole et le nombre d'émeutes avec !

Ainsi Jean Nicolas, dans La rébellion française, identifie 58 émeutes frumentaires en 1788 et 239 sur les seuls quatre premiers mois de 1789, avec un maximum de 105 en avril, avant la tenue des États généraux le 5 mai.


Références :

1. https://meteofrance.com/magazine/meteo-histoire/meteo-fait-histoire/le-13-juillet-1788-un-orage-prerevolutionnaire

2. https://www.facebook.com/photo?fbid=3267489976802506&set=gm.7765597663510392

3. https://www.keraunos.org/actualites/faits-marquants/1750-1799/orage-grele-13-juillet-1788-vent-derecho-supercellule-macrorafale-centre-paris-picardie-nord.html

4. http://geneadom.free.fr/meteo/1788.htm

5. https://www.france.tv/france-5/c-jamy/c-jamy-saison-2/2765859-c-chaud-orages-comment-se-forment-ils.html

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